Sergueï Dyadechko, l’autre tsar de Monaco

21 May 2015
Sergueï Dyadechko, l’autre tsar de Monaco
Posez un banquier menacé de mort devant le sport qu’il aime, il retrouvera l’innocence d’un jeune supporteur. C’est un conte qui se déroule tous les quinze jours au sous-sol du stade Louis-II, lorsque joue la section basket de l’AS Monaco. Un jeune quadra, gilet pare-balles et garde du corps sur le dos, agite fiévreusement son drapeau rouge et blanc en criant : « Davaï ! »
On parle de plus en plus le russe dans les couloirs de Louis-II : après le milliardaire russe Dmitri Rybolovlev sauveur du club de football, l’Ukrainien du Donbass Sergueï Dyadechko vient de permettre à l’AS Monaco d’enchaîner deux montées consécutives pour rejoindre la Pro A, l’élite du basket français. Et, comme l’ancien roi de la potasse, son passé charrie son lot d’intrigues, de malversations financières et de balles sifflantes. Dyadechko a quelques années et zéros de moins sur son compte en banque que Rybolovlev. Mais, depuis vendredi 22 mai et la dernière journée du championnat, il a un trophée en plus : celui de la Pro B. Sa fortune a rendu à l’équipe de basket monégasque un peu de sa splendeur de la fin des années 1980. Un recrutement luxueux pour la deuxième division a permis à la « Roca Team » – fine allusion au Rocher – de s’assurer le titre.
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La salle Gaston-Médecin est l’autre résidence monégasque de M. Dyadechko. Il y vient au moins une fois par semaine pour s’entraîner et assiste à tous les matchs, toujours flanqué de son jeune fils et de son garde du corps. Il participe aussi à la plupart des déplacements, quand il n’est pas à Londres, en Ukraine ou en Afrique pour raisons d’affaires. Assis au plus près du terrain, derrière la table des arbitres, il ordonne : « Defence ! », décortique la feuille de statistiques, tape dans les mains des joueurs avec un sourire d’enfant, et ne quitte le parquet des yeux que pour parler à son rejeton ou à OlekseïEfimov, le manageur général de l’équipe.
Chemise blanche impeccable et mocassins à boucles, l’homme d’affaires consent cinq minutes pour décrire son projet. Et démontre que la langue de bois s’exprime aussi en russe : « Le basket c’est ma vie, mon âme. J’avais un club en Ukraine [le BC Donetsk, champion en 2012] et j’étais triste qu’en raison de la situation on ne puisse plus jouer au basket là-bas. Maintenant que la vie m’a offert la chance d’habiter ici avec ma famille, je voulais un club ici. C’était juste une envie. »
« Accidents domestiques »
L’homme d’affaires au regard fuyant, qui refusait jusqu’ici de s’exprimer dans la presse, a le sens de la litote. Son atterrissage en Principauté n’a rien à voir avec la « chance », plutôt avec le dossier empoisonné de la Rodovid, du nom de la banque qu’il a cofondée.
Après la crise financière de 2008, la Rodovid fut la première banque ukrainienne à réclamer l’aide de l’Etat. Son sauvetage a coûté plusieurs milliards d’euros au contribuable ukrainien, selon les estimations de la presse locale. Une partie du montant s’est évaporée. Dans quelles poches ? Impossible de le dire : l’enquête a franchement patiné sous la présidence de Viktor Ianoukovitch, originaire de Donetsk comme les dirigeants de la banque.
Deux témoins-clés ont été victimes, après leurs interrogatoires par les services de sécurité, d’« accidents domestiques ». L’un a passé plusieurs mois à l’hôpital après avoir « glissé » dans son bain. L’autre est tombé du septième étage de son appartement en tentant de réparer la climatisation, après avoir dénoncé les dirigeants de la banque.

Match opposant l'ASM au club de Denain, le 9 mai, dans la salle Gaston-Médecin, située sous le stade Louis-II.
Match opposant l'ASM au club de Denain, le 9 mai, dans la salle Gaston-Médecin, située sous le stade Louis-II. JEAN-FRANÇOIS OTTONELLO / PHOTOPQR/MAXPPP
Le 19 mars 2012, M. Dyadechko sortait presque indemne de 26 coups de feu tirés sur sa Mercedes près de Kiev. Témoin à éliminer ? Ou mise en scène justifiant sa fuite à l’étranger ? Les derniers développements de l’enquête tendent à privilégier la première piste. Le principal suspect de l’attentat et du détournement de fonds, un ancien député du parti de Ioulia Timochenko, est en attente d’extradition de la Russie vers l’Ukraine.
Quelques jours après cet attentat, la famille Dyadechko a posé ses valises sur la Côte d’Azur, au même endroit que son ami de Donetsk Sergueï Bubka, président de la banque Rodovid. L’ancien perchiste vient de temps à autre assister aux matchs de l’ASM Basket.
« Il est aussi passionné que discret »
La Principauté connaît le passé trouble de son nouveau financier du basket mais son enquête l’a rassurée sur sa probité, assure Paul Masseron, qui fut ministre de l’intérieur de la Principauté jusqu’en avril 2015. La preuve : « M. Dyadechko a sa carte de séjour monégasque. » Et que vient-il chercher ici ? « La sécurité ! C’est le fonds de commerce de Monaco », se réjouit l’ancien préfet, qui vient de quitter le gouvernement pour rejoindre le conseil d’administration du club de basket.
Un même homme a introduit MM. Rybolovlev et Dyadechko dans les arcanes de la haute société monégasque : le Belge Willy De Bruyn, administrateur de la Société des bains de mer et des clubs de football et de basket. Un homme influent en Principauté, qui défend le mutisme de l’Ukrainien et son investissement : « C’est la parfaite combinaison de passion, de connaissances et d’argent. Il ne veut pas que son nom soit à la “une”. Il est aussi passionné que discret. D’ailleurs, il ne voulait absolument pas être président du club : on l’a forcé. »
L’ancien président du club, le bénévole Arnaud Giusti, disait l’inverse au moment d’être brutalement écarté en octobre dernier : selon lui, Dyadechko réclamait la présidence du club au gouvernement, sous peine de couper le robinet.
« JE SUIS ARRIVÉ DANS UN NO MAN’S LAND, AVEC DES AMATEURS SYMPATHIQUES MAIS QUI PRENAIENT SON ARGENT COMME S’IL ÉTAIT LE PÈRE NOËL. DONC IL A PRIS LA MOUCHE ET ÉCARTÉ TOUT LE MONDE DU JOUR AU LENDEMAIN. »
La présence au sein du club de MM. De Bruyn et Masseron rappelle que, comme tout ce qui touche au sport à Monaco, rien ne s’est fait sans l’aval du Palais. Sergueï Dyadechko, qui a rencontré le prince Albert, s’est engagé l’été dernier à investir pendant cinq ans au moins. De quoi rassurer la Ligue nationale de basket (LNB), dont le président Alain Béral est ravi de voir émerger ce nouveau modèle du mécénat en Pro A. La LNB a pourtant failli faire en sorte que le projet de l’ASM n’aboutisse pas. Comme la Ligue de football, elle a, sous la pression de quelques clubs, réclamé une compensation des avantages fiscaux dont Monaco bénéficiait.
Après plusieurs mois de blocage et des menaces de poursuites judiciaires, le club a mis au pot comme demandé : pendant quatre ans – il faudra ensuite renégocier –, ses droits d’inscription seront 2,8 fois plus élevés, le produit étant redistribué à la concurrence. L’an prochain, ce sera 400 000 euros environ.
Dans le fonctionnement du club, Sergueï Dyadechko applique la méthode qui lui a réussi dans les affaires : « Il ne prend aucune décision sous le coup de l’émotion », assure le manageur Olekseï Efimov. « Mais quand il prend des décisions, c’est sans appel », complète le directeur administratif, Yann Boisson, au club depuis un an. « Je suis arrivé dans un no man’s land, avec des amateurs sympathiques mais qui prenaient son argent comme s’il était le Père Noël. Donc il a pris la mouche et écarté tout le monde du jour au lendemain. »
« Il estime que les coachs français, ça ne le fera pas »
Deux entraîneurs ont déjà été écartés : Jean-Michel Sénégal, un grand nom du basket français, coupable de n’être pas monté dès la première année en Pro B ; et le Monténégrin Savo Vucevic, qui n’offrait pas de garanties suffisantes pour la montée en Pro A, a été remplacé en mars après une victoire. Son compatriote et successeur Zvezdan Mitrovic était connu du propriétaire pour ses faits d’armes dans le championnat ukrainien. Mais l’absence d’un diplôme lui permettant d’entraîner en France fait planer le doute sur sa présence la saison prochaine.
« Il estime que les coachs français, ça ne le fera pas. Il veut un mec qui ait de la poigne, un style moins laxiste », résume Yann Boisson. « Je pense surtout qu’il veut un entraîneur russophone pour qu’il exécute ce qu’il veut. Il pèse beaucoup sur le sportif », affirme Diego Vebobe, un ancien de l’équipe qui a vu ce club « très famille » se métamorphoser en machine à gagner, où les discours présidentiels après une défaite font souffler un vent glacial.
Ambitieux sans être fanfarons, « les Ukrainiens », comme on les appelle au club, font profil bas au moment d’intégrer l’élite du basket français. Le budget l’an prochain sera, selon les interlocuteurs, de 4 ou 5 millions d’euros, dans la moyenne de la Pro A. Avec néanmoins une vraie ambition, selon l’agent de joueurs Miloud Dahine : « Ils veulent frapper fort d’entrée et ont les moyens. Pour la saison prochaine, ils me parlent de joueurs qui valent encore plus que le plus gros salaire actuel de Pro A. »
Pour l’heure, Sergueï Dyadechko ne veut annoncer aucun objectif si ce n’est « remplir la salle » de 2 500 places, ce qui fut loin d’être le cas cette saison, où le taux de remplissage a été de 33 %. Il le sait, « il faudra atteindre le plus haut niveau pour que les Monégasques viennent au basket ». En deux phrases, le manageur Efimov fait signe qu’il a compris où les hommes du Donbass ont mis les pieds : « Monaco, c’est particulier, on ne peut rien faire sans objectif ambitieux. Mais, avant d’avoir le droit de parler, il faut avoir accompli quelque chose. »

Source: lemonde.fr

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